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Le singe et le marchand

Niveau C1 · 412 mots

Le singe et le marchand

Il était une fois, dans une riche ville portuaire au bord des mers d'un bleu profond, un marchand rusé qui y menait sa vie. Ce marchand avait amassé une grande fortune en vendant les étoffes rares et les épices qu'il rapportait de pays lointains. Il avait aussi un singe charmant mais extrêmement imitateur qu'il ne quittait jamais. Le singe observait avec grande attention chaque geste de son maître et prenait grand plaisir à imiter exactement ce qu'il faisait. Par un chaud matin d'été, le marchand monta sur un navire de bois avec sa bourse pleine d'or pour partir en un nouveau voyage de commerce. Installé sur le pont, le marchand sortit ses pièces d'or qui brillaient tout le jour et se mit à les compter une à une.

Le singe, qui le regardait d'un coin, grava dans sa mémoire la façon dont l'homme saisissait les pièces de ses doigts et les pesait joyeusement. À mesure que le voyage avançait, la mer se souleva, et le marchand fatigué tomba dans un profond sommeil, la bourse à son chevet. Le singe malin saisit l'occasion, s'approcha sans bruit, s'empara de la lourde bourse d'or et grimpa au sommet du mât. Assis à l'ombre des voiles, le charmant animal ouvrit la bourse et se mit à en sortir l'or, comme son maître l'avait fait dans la journée. Le singe jeta d'abord une pièce d'or sur le pont de bois du navire, puis laissa tomber l'autre dans les eaux agitées de la mer. Tandis qu'une pièce tombait à la mer et une autre sur le pont, les tintements se mêlaient au bruit des vagues et résonnaient.

Les matelots du navire regardaient cet étrange spectacle avec stupeur, mais n'osaient pas intervenir auprès du singe. Réveillé par le bruit, le marchand vit que la bourse à son chevet était vide et leva la tête, saisi d'effroi. En voyant que la moitié de son unique fortune s'était perdue dans les profondeurs des eaux d'un bleu profond, il se mit à se lamenter sans remède. Bien qu'il eût crié : "Arrête, ne fais pas cela !", le singe sourit à son maître et jeta aussi la dernière pièce à la mer. Quand la bourse fut tout à fait vide, le singe descendit joyeusement et posa la bourse vide sur les genoux de son maître. Le marchand, qui avait laissé à la mer la moitié de la fortune gagnée par la ruse, regarda son ami imitateur et comprit la faute qu'il avait commise. Faire étalage devant les autres et se vanter d'un gain injuste finit par mettre l'homme face à des pertes au moment le plus inattendu. Ce qui vient avec le vent s'en va avec la crue.