Le singe et l'ours
Il était une fois, au cœur d'une forêt profonde que d'immenses platanes couvraient d'ombre, une douce maman singe. Un beau jour, les petits jumeaux de cette guenon vinrent au monde. La maman singe chérissait l'un de ses petits avec une pure admiration, mais elle négligeait sans cesse l'autre, on ne sait pourquoi. Elle serrait contre sa poitrine le petit qu'elle chérissait, tremblait pour lui et, pour le garder de tout danger, elle le laissait à peine respirer. Le petit négligé et malchanceux, lui, apprit à se débrouiller seul et à s'accrocher aux branches par sa propre force. Quand les saisons changèrent dans la forêt et que le vent se mit à souffler durement, la maman singe augmenta encore son attitude protectrice. Un jour, un son fort résonna soudain et les habitants de la forêt furent pris d'une grande panique.
La mère, qui pressentit que le danger approchait, prit dans ses bras son chéri, qu'elle gardait comme ses propres yeux, et le serra très fort contre sa poitrine. L'autre petit, méprisé, au cri de sa mère, monta vite sur son dos et s'accrocha fermement à sa peau. "Je ne te laisserai jamais, mon cher petit", chuchota la maman singe, et elle se mit à courir. En sautant de branche en branche dans l'effroi, elle serrait contre sa poitrine avec encore plus d'ardeur le petit qu'elle portait, pour qu'il ne soit pas écrasé. "Maman, desserre un peu tes bras, je ne peux pas respirer", gémit le tout petit qu'elle portait dans ses bras. Mais la mère, trop inquiète, n'entendit pas ce faible cri de son petit et l'enveloppa encore plus fort. Le petit négligé sur son dos, lui, apprit à résister au vent et s'adapta aux mouvements de sa mère.
Quand la maman singe s'éloigna enfin de la zone dangereuse et s'arrêta dans une grotte sûre, elle respira profondément. Quand elle tourna avec amour les yeux vers le petit gâté qu'elle portait dans ses bras, elle fit face à une vérité amère. Elle comprit que son petit unique, que par envie de le protéger elle avait serré contre sa poitrine jusqu'à lui couper le souffle, était mort. Pendant qu'elle criait en larmes, le petit négligé de son dos tomba dans ses bras et essaya de la consoler. Accablée, elle saisit que la protection excessive et les gâteries sans fondement font le plus grand mal. L'amour incontrôlé et excessif fait parfois le plus grand mal à la vie qu'il veut garder. Trop de prudence blesse plus que le danger lui-même.