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Le serpent apprivoisé

Niveau C1 · 397 mots

Le serpent apprivoisé

Il était une fois, au bord d'une vieille forêt où coulaient des eaux fraîches, un bûcheron bienveillant. Ce vieil homme avait recueilli une petite vipère qu'il avait trouvée blessée et sans défense dans le jardin de sa cabane. Il avait nourri de lait chaud cette frêle créature qui était sur le point de mourir de froid, et il l'avait soignée avec tendresse. Avec le temps le serpent grandit et, par ses écailles brillantes et son glissement souple, devint le plus proche ami du bûcheron. Chaque fois que les villageois le mettaient en garde, le bûcheron souriait et disait que cette adorable créature ne ferait jamais de mal. Par une douce matinée de printemps, alors que le bûcheron se reposait sous la tonnelle de bois de son jardin, le serpent se glissa près de lui. Le vieil homme se mit à murmurer de douces paroles à son ami, en caressant tendrement son dos brillant.

"Je t'ai élevé de mes propres mains, tu es désormais un membre apprivoisé et fidèle de cette maison", dit-il. Mais dans les yeux du serpent, ranimé par la chaleur du soleil, une lueur sauvage apparut soudain. Cet élan dangereux, que la nature n'avait pu changer, s'était réveillé de nouveau dans le sang du serpent. Le serpent siffla soudain, se tendit et s'élança pour planter ses dents acérées dans la main du bûcheron. Bien que l'homme eût réussi à retirer sa main au dernier instant, les dents venimeuses du serpent déchirèrent la manche de son vêtement. Dans une profonde stupeur et une grande tristesse, le bûcheron bondit en arrière et regarda son ami. "Je t'ai montré de la pitié et je t'ai ouvert ma table, et toi tu cherches à m'empoisonner", s'écria-t-il.

Le serpent regarda l'homme de ses yeux froids et se mit à glisser sournoisement vers les buissons. À cet instant, le vieil homme comprit que, quels que fussent ses efforts, il ne pourrait jamais changer la vraie nature d'un animal sauvage. Avec le bâton qu'il tenait à la main, il chassa le serpent de sa cabane et protégea du danger sa personne et sa maison. Le bûcheron, qui avait sauvé sa vie de justesse, poussa un profond soupir en voyant que la créature qu'il avait nourrie avait cédé à sa nature. À partir de ce jour, il apprit par une amère expérience qu'il devait montrer sa pitié à ceux qui la méritent. Quelque bien que l'on fasse aux créatures malveillantes, leur nature dangereuse ne change jamais. Nos anciens ne le disaient pas en vain : Nourris un corbeau, il te crèvera les yeux.