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Le renard généreux et le loup

Niveau C2 · 411 mots

Le renard généreux et le loup

Il était une fois, au fond d'une forêt ancienne qui s'étendait à l'ombre de charmes touffus, vivaient un renard et un loup. Le renard tacheté, réputé pour sa ruse, savait fort bien franchir tout obstacle avec sa langue douce chaque fois qu'il se trouvait en difficulté. Le loup avide et grossier de la forêt, en revanche, poursuivait ses proies non pas avec son intelligence, mais seulement avec sa force brute. Par une fraîche matinée d'automne où le vent faisait danser les feuilles dans un murmure, les chemins de ces deux vieux voisins se croisèrent dans une vallée profonde. Le loup affamé se frotta les yeux d'étonnement en voyant les morceaux de viande gras et rôtis posés devant le renard. Lorsque le renard vit l'ombre imposante du loup qui approchait, il sourit avec une grande courtoisie sans se troubler le moins du monde.

Il proposa : "Sois le bienvenu, mon cher ami, ne veux-tu pas te servir toi aussi de ce festin magnifique ?" Le loup surpris gronda : "Vas-tu vraiment partager avec moi tant de savoureuses bouchées sans aucune raison ?" Le renard bomba le torse et répondit : "Je suis un bienfaiteur généreux et magnanime qui aime partager." Le loup se jeta sur la table avec grand appétit et fit descendre dans son estomac les viandes délicieuses qu'on lui offrait presque d'un seul souffle. Juste à cet instant, du milieu des buissons s'élevèrent le fracas et les pas de chasseurs furieux, des bâtons à la main. Le renard avait en effet dérobé en secret le sac de provisions des villageois et, par peur d'être pris, cherchait à couvrir sa faute.

Tandis que le renard rusé se tapissait parmi les buissons, les chasseurs encerclèrent d'un coup le loup qui mangeait les viandes avec délice. Le pauvre loup, ne comprenant pas ce qui lui arrivait, reçut sa part des bâtons des chasseurs et parvint à grand-peine à s'enfuir de là. Le loup, qui avait sauvé sa vie de justesse, grimpa la colline hors d'haleine et atteignit le creux de l'arbre où se cachait le renard. Il cria de colère : "Tu m'as jeté au feu, et voilà que cette nourriture n'était même pas la tienne !" Le renard, souriant effrontément, dit : "Je t'ai pourtant offert ce repas ; le fait de savoir à qui appartenait ce bien jette-t-il une ombre sur ma générosité ?" Le loup, comprenant que sous le masque de bienfaisance du rusé il s'était brûlé lui-même, ne crut plus jamais un seul de ses mots. La générosité faite avec le bien d'autrui n'est pas de l'amitié, mais seulement une tromperie. Avec la bourse d'autrui, il n'y a point de générosité.