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Le milan qui enviait le faucon

Niveau C1 · 373 mots

Le milan qui enviait le faucon

Il y a très longtemps, sur les hauteurs d'une large vallée aux eaux fraîches, vivait un petit milan. Ce milan prenait grand plaisir à planer dans les profondeurs bleues du ciel et dansait pour ainsi dire avec le vent. Mais dans son coeur se cachait une profonde envie d'un faucon majestueux qui se perchait sur le plus haut rocher de la vallée. Chaque fois qu'il entendait ce cri puissant et sonore du faucon qui faisait trembler les coeurs, il avait honte de sa propre voix mince. Enfin il laissa de côté les beautés que lui offrait sa nature et décida de crier tout comme un faucon. Un matin, alors que le soleil venait à peine de se lever, il se posa sur la faille la plus raide de la vallée et prit une profonde inspiration.

Forçant sa gorge autant qu'il le pouvait, il se mit à imiter cette voix majestueuse et féroce du faucon. Une corneille expérimentée qui passait par là s'arrêta en voyant cet effort vain et cligna des yeux d'étonnement. D'un air affectueux la corneille demanda: "Pourquoi laisses-tu ton propre chant et envies-tu la voix d'un autre, mon ami?" Le milan ambitieux redressa la tête et répondit: "Je ne veux tout simplement pas rester un milan ordinaire." Le petit milan, qui ne prêta pas l'oreille aux avertissements amicaux de la corneille, cria sans cesse pendant des semaines à s'en déchirer la gorge. Les jours passant, sa voix devint mince et rauque, et son souffle s'étouffait davantage à chaque essai.

Pourtant il n'abandonna pas et, se prenant pour un faucon, s'obstina à saisir ce ton étranger. Enfin, un soir, quand sa propre troupe parut dans le ciel, il voulut l'appeler joyeusement. Mais quand il ouvrit le bec, ni ce cri sonore du faucon ne sortit ni son ancienne et vraie mélodie. À cause de sa voix ruinée par l'effort excessif, il ne sortit de sa gorge qu'un grondement pitoyable. En essayant d'être un autre, il avait aussi perdu tout à fait cette belle voix à lui que la nature lui avait donnée. Tandis que sa troupe s'éloignait sans comprendre ce qu'il disait, le milan resta tout seul et sans recours sur le rocher. Celui qui oublie sa propre essence et cherche à ressembler à un autre est privé même de ce qu'il possède. Chacun son métier, les vaches seront bien gardées.