Le médecin, le riche et sa fille
Il était une fois, dans une riche bourgade où s'élevaient des demeures aux tours dorées, le marchand le plus fortuné de l'Orient. Le seul être que cet homme aimait au monde était sa charmante fille aux cheveux de soie et aux yeux de gazelle. Mais par un impitoyable jour d'hiver, la jeune fille s'alita et fut frappée d'une grave maladie pour laquelle on ne trouvait aucun remède. Chaque fois qu'il voyait le visage pâle de sa fille, le marchand se débattait impuissant, en larmes, dans sa demeure semblable à un palais. Les médecins venus des quatre coins du pays ne purent en aucune façon guérir ce mal mystérieux. Enfin, venu de contrées lointaines, un jeune médecin aux habits modestes mais fort habile arriva à la demeure. Dans son désespoir, l'homme riche supplia le médecin et lui fit une grande promesse.
"Si tu sauves mon unique fille de ce mal impitoyable, je te donnerai la moitié de ma fortune et la main de ma fille", dit-il. Le médecin avisé comprit aussitôt que la maladie de la jeune fille n'était pas du corps, mais un chagrin né de la solitude. Avec un sirop spécial qu'il prépara à partir de plantes curatives, il lui raconta des contes pleins d'espoir et lui rendit sa gaieté. En quelques jours, la jeune fille guérit entièrement et se leva de son lit en souriant. Mais en voyant que sa fille avait retrouvé la santé, le marchand avare commença à regretter la grande promesse qu'il avait donnée. Au lieu de donner au médecin la fortune qui lui revenait, l'homme riche ne lui tendit que quelques bourses d'or sans valeur. "La guérison de ma fille était de toute façon inscrite dans le destin, cela te suffit largement", dit-il, et il ne tint pas sa parole.
Devant cette injustice du marchand cupide, le digne médecin sourit avec calme, sans la moindre colère. "Ce n'est pas seulement mon médicament qui a guéri, mais l'espoir de la parole d'honneur que vous avez donnée", dit-il, et il refusa l'or. La fille, témoin de l'injustice du marchand, éprouva une profonde honte devant cette attitude de son père. La jeune fille s'opposa à son père et lui dit qu'il devait tenir sa parole, sinon elle quitterait la demeure. Ébranlé par la peur de perdre sa fille, le marchand comprit son erreur, s'inclina devant le médecin et lui remit la valeur qu'il méritait. Tenir la parole donnée est le trésor le plus précieux et le véritable honneur de l'homme. Une parole ne sort de la bouche qu'une seule fois.