Le loup qui jeûnait
Il y a bien longtemps, un vieux loup vivait au bord d'une ancienne forêt où coulaient des eaux fraîches. Pendant des années cette créature rusée avait semé la peur parmi les animaux sans défense des alentours, mais elle sentit enfin sa vieillesse et commença à éprouver du remords. Afin de se faire pardonner ses péchés passés, il forma le vœu et décida de ne manger aucune viande pendant quarante jours entiers. Il annonça fièrement cette sainte intention à toutes les créatures de la forêt et se mit à marcher sur le sentier la tête haute. Pourtant, dès le troisième jour du jeûne, les grondements qui montaient de l'estomac du vieux loup se mirent à mettre sa patience à rude épreuve. Alors qu'il errait désespérément à l'ombre des arbres verts, il vit dans le pré voisin un agneau dodu et savoureux qui broutait joyeusement.
La laine blanche et toute douce de l'agneau et son odeur appétissante suffirent à ébranler toute la volonté du loup en un seul instant. L'eau à la bouche, il murmura pour lui-même : "Je ne peux pas manquer à ma parole, mais je ne peux pas non plus supporter cette faim insupportable." À pas sournois et silencieux, il s'approcha du pré et fixa avidement les yeux sur l'agneau. Reculant de peur, le pauvre agneau demanda : "Respectable loup, ne jeûnais-tu pas et ne devais-tu blesser aucun être vivant ?" Le loup plissa les yeux d'un air sournois et examina l'agneau de haut en bas, cherchant une excuse ingénieuse. "Je suis un animal fidèle à sa parole, jamais je ne romps mon intention", commença-t-il à dire avec une fausse gravité.
Puis, avec un sourire traître, il ajouta : "Mais en regardant attentivement, je comprends que tu n'es certainement pas un agneau." "Ce corps blanc qui brille de mille feux sous le soleil et ta forme dodue ne peuvent être qu'un délicieux chou !", dit-il. L'agneau eut beau se débattre et tenter de prouver qu'il était un agneau, le loup rusé ne voulut pas l'écouter. "Je ne mange qu'un chou frais du jardin", dit-il, et d'un bond il se jeta sur l'agneau et fit son festin. Ceux qui manquent d'une véritable intention et cèdent à leur appétit inventent toujours un mensonge sur mesure pour apaiser leur propre conscience. Qui prépare le méfait prépare aussi l'excuse.