Le cheval et le blé
Il était une fois, dans une vaste ferme où les épis dorés ondulaient sous le vent, vivait un cheval magnifique. Avec sa crinière étincelante et son corps musclé, cet animal gagnait l'admiration de tous ceux qui le voyaient et faisait la fierté de la ferme. Le propriétaire de la ferme avait chargé un palefrenier rusé de soigner son fidèle coursier avec le plus grand soin. Mais ce palefrenier, qui paraissait si diligent, était l'esclave d'une avidité cachée. Le palefrenier convoitait les sacs de blé et d'orge frais que l'on donnait régulièrement chaque jour au noble cheval. Chaque matin, l'homme cupide volait en secret la plus grande partie du blé qui devait être donnée au cheval et se mit à la vendre au marché.
Pour cacher l'état du coursier, qui maigrissait et s'affaiblissait, il eut recours à une ruse incroyable. Du matin au soir, il peignait le pelage du cheval, brossait sa crinière et s'efforçait sans cesse de faire briller sa peau. Pendant que le palefrenier caressait le corps du cheval avec des brosses ornées, il parlait aussi avec vantardise. "Je te donne une splendeur digne des rois ; la douceur de ton corps éblouira tous ceux qui te regardent", disait-il. Le noble cheval, dont l'estomac grondait de vide, supporta longtemps l'attention feinte et les mensonges habiles du palefrenier. Au fil des jours, son corps négligé ne put plus supporter cette lourde tromperie.
Enfin, un soir, il se tourna avec un profond soupir vers le palefrenier qui le peignait de nouveau avec avidité. Le noble animal fixa son regard triste mais digne dans les yeux de l'homme trompeur et se mit à parler. "Me brosser jusqu'au soir et faire briller mon pelage ne me fait jamais oublier la faim profonde de mon ventre", dit-il. "Si tu veux vraiment que je sois sain et magnifique, tu dois cesser immédiatement de voler le blé qui est mon droit", ajouta-t-il. Le palefrenier, à qui l'on reprochait ses mensonges et son vol, laissa tomber la brosse de honte et ne sut que dire. Le propriétaire de la ferme, entendant cette conversation, chassa aussitôt l'homme menteur de la ferme et donna à son cheval la nourriture qui était son droit. Les ornements ostentatoires et les compliments mensongers ne peuvent jamais couvrir le manque de besoins essentiels et de sincérité. Comme le rappelle notre vieux proverbe, les actes valent mieux que les paroles.