Le bouffon et le paysan
Il était une fois, sur la place d'une vieille ville où coulaient des eaux fraîches, une grande fête avait été dressée. Les gens de la ville attendaient avec impatience de voir les artistes qui voulaient montrer leurs talents. Un bouffon célèbre qui monta sur la scène s'enveloppa bien dans son manteau et sourit aux spectateurs. Le bouffon imita si parfaitement un cochon imaginaire qu'il cachait sous son manteau que tous furent émerveillés. La foule qui remplissait le théâtre couvrit cette imitation d'une tempête d'applaudissements et combla l'homme d'éloges. Un paysan aux habits simples qui sortit du milieu de la foule dit que cette imitation n'était pas si réussie.
Le paysan annonça que le lendemain il ferait sur la même scène un son plus proche du vrai. Le lendemain soir, la salle du théâtre se remplit de gens pleins de préjugés qui voulaient voir l'échec du paysan. D'abord le bouffon monta sur la scène et fit encore derrière son manteau un parfait cri de cochon. Pendant que les spectateurs applaudissaient joyeusement le bouffon, le paysan marcha à pas lourds vers le milieu de la scène. Le paysan aussi se couvrit de son large manteau et se mit à l'ouvrage sans que personne ne le remarque. Soudain un cri aigu de cochon qui s'élevait de dessous le manteau se mit à résonner dans la salle.
Mais les spectateurs pleins de préjugés se mirent à huer le paysan et à crier que le cri du bouffon était plus vrai. Le paysan sortit le porcelet vivant qu'il avait caché sous son manteau et le montra à tous. Il se trouva que le paysan avait fait ce cri en pinçant doucement l'oreille du vrai cochon sous le manteau. Quand les gens comprirent qu'ils n'avaient pas aimé le cri d'un vrai cochon et qu'ils avaient applaudi l'imitation fausse, ils éprouvèrent une grande honte. Le paysan sur la scène jeta au visage du peuple ses préjugés aveugles et quitta le lieu avec fierté. Quand les préjugés aveuglent les yeux, l'être humain ne peut plus distinguer la voix de la vérité de sa fausse copie. Ne te laisse pas tromper par l'apparence.