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La mouche sur la roue du char

Niveau C2 · 390 mots

La mouche sur la roue du char

Il était une fois, au bord d'une vaste plaine où ondulaient les épis dorés, une côte escarpée qui montait. Tandis que le soleil brillait juste au zénith, un lourd et magnifique chariot de caravane tiré par quatre chevaux vigoureux la gravissait très lentement. Or, sur la roue cerclée de fer du chariot était posée une petite mouche insolente qui se prenait pour un géant. Tandis que la roue tournait, l'épais nuage de poussière qui s'élevait alentour voila entièrement les yeux de la mouche orgueilleuse. Cette mouche, qui ne se souciait nullement du poids de la charge que tiraient les chevaux, se mit à regarder autour d'elle en se vantant. La mouche, qui tendait ses ailes d'un air gonflé d'orgueil, bourdonna joyeusement et affermit encore sa place sur la roue. "Regardez donc cet immense nuage de poussière que je soulève !" cria-t-elle en appelant les oiseaux des alentours.

"Sans ma force, ce gros chariot ne pourrait jamais franchir cette côte escarpée !" se vanta-t-elle. Les chevaux fatigués, qui suaient à grosses gouttes en gravissant la côte, ne firent même pas attention à cette drôle de prétention de la mouche. Mais une vieille fourmi qui se tenait au bord du chemin ne put garder le silence plus longtemps devant ce spectacle ridicule. La fourmi appela : "Hé, petite amie, tu n'es qu'un parasite qui rampe sur le dos de ceux qui tirent la charge !" La mouche s'irrita de ces paroles et rétorqua : "Comment oses-tu mépriser ma force immense et ma peine !" Elle continua de bomber la poitrine, prenant pour l'oeuvre de sa propre victoire la poussière soulevée à chaque tour de la roue. Cependant, lorsqu'on arriva à l'endroit le plus raide et le plus rocailleux du chemin, les secousses du chariot augmentèrent énormément.

Les chevaux vigoureux forcèrent leurs muscles d'acier et, d'un dernier élan, firent rouler les roues jusqu'au sommet. Une grosse motte de boue qui jaillit précipita d'un coup la mouche orgueilleuse de la roue jusqu'à terre. La mouche, restée dans la poussière, regarda avec stupeur le chariot s'éloigner rapidement même sans elle. Il ne resta pas la moindre trace ni de la tempête qu'elle croyait avoir soulevée ni de cette grande force. Avec la honte d'avoir cru son propre petit être immense auprès de ceux qui font le vrai travail, elle se cacha parmi les buissons. Ceux qui s'élèvent par le travail d'autrui et prennent leur propre ombre pour un géant sont condamnés à comprendre la vérité par le vent de la réalité. L'épi vide se tient droit.