L'âne et le cochon
Il était une fois, au bord d'une vieille forêt où les eaux fraîches coulaient avec un joyeux murmure, un vieux fermier. Dans l'étable de ce fermier se trouvait un âne laborieux qui travaillait sans relâche du matin au soir. Chaque jour l'âne portait de lourds sacs sur le dos et supportait avec patience toute la charge des rudes travaux des champs. Juste à côté, en revanche, derrière les clôtures de bois, gisait un cochon gras qui passait ses journées sans faire aucun travail. Chaque matin le fermier offrait à ce cochon gras les fruits les plus savoureux et du grain frais en abondance. L'âne regardait la poignée de paille sèche qu'on posait devant lui et poussait un profond soupir. Un soir, alors que ses genoux se dérobaient de fatigue, il s'approcha de son voisin le cochon avec des yeux d'envie.
"Que tu es chanceux, mon ami; tout le jour tu restes couché oisif à l'ombre", dit-il. "Moi, au contraire, je m'épuise tout le jour sur les chemins poussiéreux avec de lourdes charges sur le dos." Le cochon s'étira à sa place d'un air orgueilleux et continua de mâcher la douce pomme qu'il avait dans la gueule. "Notre maître connaît ma grande valeur, tandis qu'à toi il ne juge digne que cette paille sans valeur", se vanta-t-il. L'âne, fort affligé de cette situation injuste, baissa la tête et s'endormit en silence. Mais quelques jours plus tard commencèrent à la ferme les préparatifs d'un grand et joyeux festin. Le fermier et ses robustes apprentis, des couteaux aiguisés à la main, marchèrent tout droit vers l'enclos du cochon.
Le cochon, qui ne comprenait pas ce qui arrivait, poussa des cris amers et tenta de fuir dans son impuissance. Mais son maître emmena le cochon qu'il avait engraissé avec tant de soin pendant si longtemps, pour le préparer pour la table du festin. Le coeur de l'âne, qui regardait avec effroi depuis le coin sombre de l'étable ce qui se passait, se serra d'une peur profonde. En cet instant il saisit l'amère vérité qui se cachait derrière toute cette aisance sans peine et ces mets savoureux. Tout en mâchant en paix sa paille sèche, il comprit combien sa propre vie sûre et simple était précieuse. Plutôt que d'envier la dangereuse abondance des autres, une paix modeste gagnée par ton propre travail vaut mieux que tout. Peu de nourriture, tête sans souci.