L'aigle et le corbeau médecin
Il était une fois, au bord d'une vieille forêt où les eaux fraîches coulaient à grand bruit, un aigle puissant, maître des cieux. Le vieil aigle, à cause de la fatigue des années et d'une grave maladie survenue soudain, ne pouvait plus battre des ailes. Les habitants de la montagne qui virent son état sans défense se mirent, pleins d'inquiétude, à chercher des remèdes. La voix du vent qui résonnait dans les profondeurs de la forêt portait la tristesse du souverain majestueux jusqu'aux contrées lointaines. Juste à ce moment parut un corbeau orgueilleux et rusé, profitant de l'occasion. Se présentant comme un médecin sans pareil, le corbeau prétendait pouvoir guérir le seigneur des cieux.
Cet oiseau, dont les plumes noires étaient tombées, dont les ailes étaient meurtries et dont la patte boitait, se mit à lancer de grandes promesses à ceux qui l'entouraient. "J'ai percé le secret des herbes mystérieuses et je guéris en un clin d'oeil même les maux les plus impitoyables", se vanta-t-il. Les autres animaux, demeurés indécis, reculèrent et se laissèrent espérer un instant devant ces paroles hardies. Se pavanant, le corbeau rusé glissa vers l'aire du puissant aigle et lui offrit ses soins de médecin. "Ô auguste aigle, permets-moi de te rendre ta force d'autrefois avec mes recettes guérisseuses", dit-il. L'aigle, qui gisait sans force sur sa couche, examina longuement de ses yeux perçants ce médecin misérable devant lui.
Il étudia avec attention les plumes qui tombaient du corbeau, sa voix tremblante et son propre état pitoyable. Poussant un profond soupir, le puissant aigle regarda le corbeau avec un sourire amer mais instructif. "Puisque tu tiens en main des miracles qui guérissent tout mal, pourquoi n'as-tu pas d'abord guéri ta propre patte boiteuse et tes plumes tombées?" demanda-t-il. Devant cette question perçante, le corbeau rusé, ne sachant que dire, fut d'un coup tout à fait décontenancé. Le faux médecin, son mensonge mis au jour, baissa la tête de honte et s'éloigna de là en toute hâte. L'aigle, quant à lui, comprit une fois de plus que la vraie guérison n'est pas dans de fausses promesses, mais dans le cours de la nature et du temps. Il ne faut jamais oublier que ceux qui ne trouvent pas de remède à leur propre mal ne peuvent offrir aucune guérison aux autres. Un grand-père qui a lui-même besoin de secours peut difficilement porter secours à autrui.